filoulaterre

Lèves-toi, debout Lèves-toi pour tes droits Lèves-toi, debout N'abandonne pas le combat

George Orwell

Description de cette image, également commentée ci-après

Orwell photographié par la National Union of Journalists en 1933.

Voici 20 Mn de Film ( essayer de le trouver en screaming, je ne l’ai pas encore trouver entier en français)

1984 Le film  [part 1] [FR] 10 mn:

1984 Le film [part 2] [FR] 10 mn

 

1984 – George Orwell (1956 Hollywood release):

 

George Orwell’s 1984 is NOW!:  https://www.youtube.com/watch?v=3cjImVFcxd8
klemperer — la langue ne ment pas:    https://www.youtube.com/watch?v=MUsBJyMtrFs

  Alias =John Freeman

Distinctions  Prix Prometheus (1984 et 2011)

George Orwell, nom de plume d’Eric Arthur Blair, né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde) pendant la période du Raj britannique et mort le 21 janvier 1950 à Londres, est un écrivain et journaliste anglais.

Son œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large part leur source dans l’expérience personnelle de l’auteur : contre l’impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant des forces de l’ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d’existence des classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d’Espagne.

Témoin de son époque, Orwell est dans les années 1930 et 1940 chroniqueur, critique littéraire et romancier. De cette production variée, les deux œuvres au succès le plus durable sont deux textes publiés après la Seconde Guerre mondiale : La Ferme des animaux et surtout 1984, roman dans lequel il crée le concept de Big Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance. L’adjectif « orwellien » est également fréquemment utilisé en référence à l’univers totalitaire imaginé par l’écrivain anglais.

Biographie

 Une éducation anglaise

Chapelle du collège d’Eton.

Eric Arthur Blair naît le 25 juin 1903 à Motihari, dans l’État de l’actuel Bihar, en Inde sous l’ancienne présidence du Bengale, dans une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie anglaise1. Il est le fils de Richard Walmesley Blair, un fonctionnaire de l’administration des Indes chargé de la Régie de l’opium (le commerce de l’opium, essentiellement en direction de la Chine, est à l’époque un monopole d’État) et d’Ida Mabel Blair. Il a deux sœurs, Marjorie (l’aînée) et Avril (la cadette). Il retourne en Angleterre en 19042 en compagnie de sa mère et de sa sœur. Éric ne revoit son père qu’en 1907, lors d’une permission de trois mois accordée à ce dernier, qui ne rejoint définitivement sa famille qu’en 1911, après sa mise à la retraite.

À cette époque, le jeune Eric Blair est déjà pensionnaire de la preparatory school3 de St Cyprien, qui lui inspire bien plus tard, dans les années 1946-1947, un récit, qu’il présente comme autobiographique, publié seulement après sa mort : Such, Such were the Joys. Il y décrit quel « épouvantable cauchemar4 » furent pour lui ces années d’internat5. Éric Blair est néanmoins un élève brillant et travailleur (il passe auprès de ses camarades pour un « intellectuel6 »), que ses maîtres motivent en lui rappelant que c’est à une bourse qu’il doit son admission à St Cyprien.

Signe de son excellence scolaire, Blair obtient une bourse au collège d’Eton, la plus réputée des public schools, où il étudie de 1917 à 1921. Orwell garde un assez bon souvenir de ces années, durant lesquelles il travaille peu, passant graduellement du statut d’élève brillant à celui d’élève médiocre, et faisant montre d’un tempérament volontiers rebelle (rébellion qui semble-t-il n’est aucunement liée à des revendications d’ordre politique ou idéologique). À cette époque, il a deux ambitions : devenir un écrivain célèbre (il écrit des nouvelles et des poèmes – médiocres7 – dans une revue du college), et retourner en Orient, qu’il connaît surtout par l’intermédiaire des souvenirs de sa mère.

Au service de l’Empire

La (relative) prospérité de la famille Blair est étroitement liée à l’Impérialisme britannique : outre son père, on peut citer l’arrière-grand-père paternel du futur George Orwell (propriétaire d’esclaves en Jamaïque) ou encore son grand-père maternel (marchand de teck en Birmanie). Aussi, même s’il s’agit d’une peu glorieuse conclusion à une scolarité effectuée dans d’aussi prestigieux établissements, est-ce donc tout naturellement que le jeune Eric Blair endosse l’uniforme et retourne aux Indes en 1922 pour devenir sergent dans la police impériale en Birmanie.

La situation sur place est à ce moment, sinon toujours explosive, du moins souvent tendue8 entre les Birmans et leurs colonisateurs : le nationalisme birman prend alors son essor, marqué par plusieurs mouvements de grève, en général violemment réprimés9. La mission des Britanniques est, selon le mot d’un ancien gouverneur adjoint de Birmanie, de « faire régner la loi et l’ordre dans des régions barbares »10.

Orwell qualifie plus tard son temps de service comme ayant consisté en « cinq années d’ennui au son des clairons »11. Après avoir effectué ses neuf mois réglementaires à l’école d’entraînement de la police, il connaît six lieux d’affectation différents, en général peu reluisants (notamment Moulmein). Il laisse l’image d’un grand jeune homme taciturne et solitaire, occupant la majeure partie de son temps libre à la lecture. Parmi les anecdotes concernant cette période, il aurait un jour assisté à une exécution capitale, ce qui lui inspire l’essai Une pendaison, « son premier écrit qui témoigne d’un style distinctif et du talent d’Orwell »12.

On ne connaît pas non plus avec certitude le détail de l’évolution intérieure qui le fait passer de l’ennui au dégoût de sa fonction comme rouage de l’administration coloniale. Mais il est permis de penser que ces propos de Flory, l’antihéros de Une histoire birmane, ne doivent pas être très éloignés de ce que pense le fonctionnaire de police Eric Blair vers 1927 : « le fonctionnaire maintient le Birman à terre pendant que l’homme d’affaires lui fait les poches13. »

Quoi qu’il en soit, à la fin de l’année 1927, il jette l’éponge : arguant de raisons de santé (sur lesquelles nous ne savons rien), il rentre en Angleterre et donne sa démission. Il annonce alors à sa famille qu’il a décidé de se consacrer à l’écriture. Tout au long des vingt-deux ans qu’il lui reste à vivre, il reste un ennemi déclaré de l’impérialisme britannique.

Des débuts d’écrivain difficiles

Eric Blair semble n’avoir guère eu de dons particuliers pour l’écriture, si l’on en croit le témoignage de ceux qu’il fréquente à l’époque14 : il travaille donc d’arrache-pied, écrit poèmes sur nouvelles et multiplie les ébauches de romans.

En parallèle, à l’automne 1927, il explore les bas-fonds londoniens, enquêtant sur les conditions de vie des plus démunis, les suit sur les routes et dans les sinistres asiles de nuit : il espère en tirer la matière d’un ouvrage sur les conditions de vie des pauvres. Il tente par là d’exorciser la culpabilité qui le ronge d’avoir « été l’exécutant d’un système d’exploitation et d’oppression15 » en Birmanie.

Au printemps 1928, il décide d’aller s’installer à Paris (où vit l’une de ses tantes) pour écrire. Il y reste dix-huit mois, au cours desquels nous ne savons pas grand-chose de sa vie16, si ce n’est qu’à l’automne 1929, à court d’argent et après avoir donné quelques leçons d’anglais, il fait la plonge durant quelques semaines dans un hôtel de luxe de la rue de Rivoli. Durant cette période, il publie épisodiquement des articles dans des journaux communistes (tel que Monde, revue fondée et dirigée par Henri Barbusse17). De la quasi-totalité de ses écrits de cette période, il ne reste rien. Il retourne en Angleterre en décembre 1929, juste à temps pour passer les fêtes de Noël avec sa famille. Fauché, n’ayant rien publié de prometteur, sa santé mise à mal par une pneumonie contractée l’hiver précédent, l’équipée parisienne apparaît comme un fiasco intégral.

Il reprend son exploration des bas-fonds de la société anglaise au printemps suivant, partageant la vie des vagabonds et des clochards, tantôt quelques jours, tantôt une semaine ou deux18. Mais il est contraint de mettre un terme à ses expéditions quelques mois plus tard : il n’a plus les moyens financiers de poursuivre ses vagabondages.

Il se décide à accepter un poste d’enseignant dans une école privée, dans une petite ville où il s’ennuie (Hayes, dans le Middlesex). Il en profite pour achever Dans la Dèche à Paris et à Londres, qui paraît au début de l’année 193319. C’est à cette occasion qu’il prend le pseudonyme de George Orwell20. Même si les critiques sont bonnes, les ventes sont médiocres. Qui plus est, l’éditeur d’Orwell (Victor Gollancz) craint le procès en diffamation pour Une histoire birmane dont la rédaction est achevée à l’automne 1934 et qui, pour cette raison, est tout d’abord publié aux États-Unis puis, avec quelques changements de noms, en Angleterre en 1935. À cette période, Orwell s’enthousiasme pour l’Ulysse de James Joyce et contracte une nouvelle pneumonie, qui l’oblige à abandonner sa charge d’enseignant (ou plutôt, qui l’en libère).

À la rencontre du prolétariat

À la fin de l’automne 1934, Orwell termine dans la douleur la rédaction de son deuxième roman, Une fille de pasteur, dont il se montre peu satisfait : « C’était une bonne idée, explique-t-il à un de ses correspondants, mais je crains de l’avoir complètement gâchée »21. Là encore, la précision des références à des lieux et des personnages réels fait craindre à Victor Gollancz que l’ouvrage ne soit poursuivi en diffamation. Il se décide toutefois à le publier, assorti de corrections mineures, au début de l’année 193522.

Entre temps, Orwell s’est installé à Londres, où il trouve un emploi à la librairie « Booklover’s Corner », dans le quartier d’Hampstead, « qui était, et demeure, un quartier d’intellectuels (réels ou prétendus) »23. Il rencontre Eileen O’Shaugnessy, qu’il épouse en juin 1936. Orwell a auparavant publié un autre roman, « le dernier de ses livres consciemment « littéraires » », selon Bernard Crick24, Et vive l’Aspidistra ! Il se rend aussi dans le nord de l’Angleterre où, pour honorer une commande que lui a passée Victor Gollancz, il étudie les conditions de vie des mineurs des régions industrielles. Il tire de ce reportage un livre, Le Quai de Wigan, qui sera publié alors qu’Orwell est en Espagne. Très polémique dans sa seconde partie, dans laquelle l’auteur analyse les raisons de l’échec de la gauche à gagner les classes laborieuses à la cause socialiste25, il paraît avec une mise au point hostile de Victor Gollancz qui, initiateur du projet, se désolidarise de son aboutissement.

Cette rencontre avec le prolétariat des régions minières marque surtout la « conversion26 » d’Orwell à la cause socialiste. Celle-ci survient brutalement, comme une évidence, face au spectacle de l’injustice sociale et de la misère du prolétariat anglais27.

Orwell en Espagne

Fin 1936, alors que fait rage la guerre d’Espagne qui met aux prises les républicains avec la tentative de coup d’État militaire menée par Francisco Franco, Orwell et son épouse rejoignent, par l’intermédiaire de l’Independent Labour Party (ILP), qui leur a remis des lettres de recommandation28, les milices du POUM29, après un bref détour par Paris, où Orwell rend visite à Henry Miller qui tente en vain de le dissuader de se rendre en Espagne.

Orwell, à son arrivée à Barcelone, est fasciné par l’atmosphère qu’il y trouve : lui qui l’année précédente se désolait de ne pouvoir rompre la barrière de classe qui sépare le bourgeois qu’il est de ces prolétaires qu’il était allé rencontrer30, empêchant toute rencontre véritable entre les uns et les autres, découvre une société dans laquelle cette barrière, à ce qu’il lui semble, est en train de s’effondrer. Les milices du POUM, notamment, dans lesquelles il est nommé instructeur (grâce à l’expérience acquise dans ce domaine lors de ses années birmanes), lui apparaissent comme étant « une sorte de microcosme de société sans classes »31.

Après avoir passé quelque temps sur le front d’Aragon, Orwell retourne à Barcelone, où il participe aux « troubles de mai » qui opposent les forces révolutionnaires au gouvernement catalan et au PSUC32 et qui verront la victoire de ces derniers33. Il retourne au front où il est blessé à la gorge. Démobilisé, contraint de quitter clandestinement l’Espagne pour ne pas être arrêté (le POUM, dénoncé comme un « parti fasciste » par la propagande du PSUC, est déclaré illégal le 16 juin 1937), Orwell et son épouse gagnent la France, d’où ils rejoignent l’Angleterre.

Orwell, à son retour à Londres, est atterré par la manière dont les intellectuels de gauche (en particulier ceux qui appartiennent au Parti communiste ou en sont proches) rendent compte de ce qui se passe en Espagne, et notamment par les calomnies répandues sur le compte du POUM, systématiquement accusé d’être soit une organisation fasciste, soit une organisation manipulée par les fascistes : c’est dans l’optique de rétablir la vérité quant aux événements dont il a été témoin qu’il entreprend alors de rédiger son Hommage à la Catalogne qu’il fait paraître, avec quelques difficultés, en avril 1938. À partir de ce moment, écrira-t-il en 1946, « tout ce [qu’il] a écrit de sérieux […] a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique »34. Dans cette perspective, il se décide à adhérer à l’ILP au mois de juin 1938, estimant que « le seul régime qui, à long terme, peut accorder la liberté de parole est un régime socialiste »35.

Le patriotisme révolutionnaire

Alors que la menace d’un nouveau conflit européen se fait de plus en plus précise, Orwell défend une position antiguerre et critique l’antifascisme des fronts populaires : cette guerre ne servirait, selon lui, qu’à renforcer les impérialismes européens, qui ont beau jeu de se présenter, face à la menace fasciste, comme des démocraties, alors qu’ils exploitent sans vergogne « six cents millions d’êtres humains privés de tous droits »36.

Quelques mois plus tard, pourtant, il change radicalement de position sur le sujet : alors que le Parti communiste (qui appelait auparavant à la lutte contre les dictatures fascistes) se découvre pacifiste à la suite du Pacte germano-soviétique, Orwell découvre que, dans le fond, il a toujours été un patriote37. De ce fait, il s’éloigne « sur la pointe des pieds »38 de l’ILP, qui persiste dans le pacifisme, et s’oppose à l’engagement dans le conflit.

Contrariant le désir qu’il avait de s’engager dans l’armée, sa faible santé le fait réformer. Malgré celle-ci, il s’engage en 1940 dans la Home Guard (milice de volontaires organisée par l’État et créée dans le but de résister à l’invasion nazie dans le cas où les Allemands parviendraient à débarquer en Grande-Bretagne). Par ailleurs, en 1941, il est engagé comme producteur à la BBC, diffusant émissions culturelles et commentaires de guerre à destination des Indes39.

Parallèlement à ces activités, Orwell envoie entre 1941 et 1946 seize articles (« Les Lettres de Londres ») à la revue américaine d’inspiration trotskiste Partisan Review40. En effet, le patriotisme dont il fait preuve depuis le début de la guerre ne lui a pas pour autant fait abandonner ses aspirations révolutionnaires. Bien au contraire, il estime que la victoire de la Grande-Bretagne sur les dictatures fascistes passera nécessairement par la révolution sociale en Angleterre, révolution dont il voit les signes avant-coureurs dans le mécontentement croissant des classes populaires face aux privations dues à l’état de guerre (qui ne frappent pas les couches supérieures de la société) et aux revers militaires de l’armée anglaise, revers causés selon lui par l’incurie des dirigeants militaires et politiques. De ce point de vue, la Home Guard lui apparaît comme étant ce peuple en armes qui renversera, au besoin par la force, le pouvoir en place avant de défaire les armées hitlériennes (il développe ces points de vue dans son essai intitulé Le Lion et la Licorne, qui parait en 1941 dans la collection « Searchlight », dont il est le cofondateur).

En novembre 1943, Orwell démissionne de son poste à la BBC41. Il devient alors directeur des pages littéraires de l’hebdomadaire de la gauche travailliste The Tribune et entame la rédaction de La Ferme des animaux.

Les dernières années

Orwell achève l’écriture de La Ferme des animaux en février 1944. L’ouvrage ne paraît pourtant qu’un an plus tard, en août 1945. Entre-temps, le livre est refusé par quatre éditeurs42 : la mise en cause radicale de l’URSS semble prématurée, à un moment où la guerre contre l’Allemagne hitlérienne n’est pas terminée.

En 1945 toujours, Orwell, qui a démissionné de son poste au Tribune, devient envoyé spécial de The Observer en France et en Allemagne, où il est chargé de commenter la vie politique. Il est à Cologne, en mars, lorsqu’il apprend que sa femme, atteinte d’un cancer, vient de mourir. Il rentre à Londres et entame la rédaction de ce qui va devenir son œuvre la plus célèbre : 1984.

En parallèle, à partir d’août 1945, il devient vice-président du « Freedom Defense Committee » (présidé par le poète anarchiste Herbert Read), qui s’est fixé pour tâche de « défendre les libertés fondamentales des individus et des organisations, et [de] venir en aide à ceux qui sont persécutés pour avoir exercé leurs droits à la liberté de s’exprimer, d’écrire et d’agir »43. Orwell soutient le comité jusqu’à sa dissolution en 1949.

En cette même année 1949, il publie 1984, qu’il a achevé à la fin de l’année précédente. Il épouse en secondes noces Sonia Brownell le 13 octobre, alors que, gravement malade de la tuberculose, il a été admis le mois précédent à l’University College Hospital de Londres, où il prend des notes en vue d’un futur roman. Il y meurt le 21 janvier 1950.

Tombe d’Eric Arthur Blair près d’Abingdon.

Orwell est enterré dans le petit cimetière de l’église de Sutton Courtenay, près d’Abingdon dans l’Oxfordshire, bien que n’ayant aucun lien avec ce village. Il a pourtant laissé comme instructions : « Après ma mort, je ne veux pas être brûlé. Je veux simplement être enterré dans le cimetière le plus proche du lieu de mon décès. » Mais son décès ayant eu lieu au centre de Londres et aucun des cimetières londoniens n’ayant assez de place pour l’enterrer, sa veuve, Sonia Brownell, craignant que son corps ne soit incinéré, a demandé à tous ses amis de contacter le curé de leur village d’origine pour voir si leur église disposerait dans son cimetière d’une place pour l’y enterrer. C’est ainsi qu’il a été, par pur hasard, inhumé à Sutton Courtenay.

Sur sa tombe ces simples mots :  Eric Arthur Blair né le 25 juin 1903, mort le 21 janvier 1950

Sans aucune mention ni de ses œuvres, ni de son nom de plume « George Orwell ». Après sa mort, sa veuve a fait publier une collection de ses articles, essais, correspondances ainsi que quelques nouvelles sous le titre de Collected Essays, Journalism, and Letters (1968).

The Complete Works of George Orwell (vingt volumes), première édition des œuvres complètes d’Orwell sous la direction de Peter Davison, a été achevée de publication en Angleterre en 199844.

En janvier 2008, le Times l’a classé second dans sa liste des « 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945 »45.

À la marge

Polémique relative à la liste de noms de « communistes » fournie à l’Information Research Department

Le 11 juillet 1996, un article publié dans le quotidien anglais The Guardian révèle que George Orwell a livré en 1949 une liste de noms de journalistes et d’intellectuels « cryptocommunistes », « compagnons de routes » ou « sympathisants » de l’Union soviétique à un fonctionnaire de l’Information Research Department (une section du ministère des Affaires étrangères britannique liée aux services de renseignements), Celia Kirwan. La réalité de cette collaboration est prouvée par un document déclassifié la veille par le Public Record Office46.

L’information est relayée en France principalement par les quotidiens Le Monde (12 et 13 juillet 1996) et Libération (15 juillet 1996). Le public français apprend ainsi que l’auteur de 1984 « dénonçait au Foreign Office les « cryptocommunistes » » (Le Monde, 13 juillet 1996). Dans son numéro d’octobre 1996, le magazine L’Histoire va plus loin encore, expliquant qu’Orwell aurait « spontanément participé à la chasse aux sorcières » organisée contre les intellectuels communistes par le Foreign Office.

Ces articles français oublient de mentionner plusieurs informations essentielles. D’abord, Kirwan, belle-sœur de l’écrivain Arthur Koestler, était une amie intime d’Orwell, dont elle avait repoussé la demande en mariage en 1945, alors que l’écrivain était veuf depuis quelques mois. Ensuite, la remise des informations a eu lieu à l’occasion d’une visite de Kirwan à Orwell, peu avant la mort de ce dernier, qui était déjà dans un sanatorium. Kirwan lui confie alors qu’elle travaille pour un service gouvernemental chargé de recruter des écrivains et des intellectuels susceptibles de produire de la propagande antisoviétique. Orwell, après lui avoir donné les noms de quelques personnes de sa connaissance lui paraissant aptes à être recrutées, propose de lui indiquer, à titre privé, les noms d’autres personnes qu’il est inutile d’approcher, en raison de leurs convictions politiques (lesquelles sont souvent de notoriété publique).

La fameuse liste, déclassifiée en 2003 – mais déjà mentionnée dans la biographie de Bernard Crick parue en 1980 ; celui-ci en ayant tout simplement consulté la copie disponible dans les Archives Orwell47 – confirme ce qui précède. Bernard Crick signale que « quelques-uns (des individus), recensés comme ayant simplement des opinions « proches », semblent sélectionnés pour des raisons tirées par les cheveux et peu pertinentes ». Simon Leys répond à cela que la liste établie pour Kirwan n’est pas établie uniquement en fonction de critères politiques, mais signale également des individus dont il est inapproprié de solliciter la collaboration en raison de leur « malhonnêteté » ou de leur « stupidité »48.

Dans sa biographie politique d’Orwell, John Newsinger mentionne que l’auteur a manifesté à plusieurs reprises à la fin des années 1940, son hostilité à toute tentative d’instaurer un « maccarthysme anglais49». Il indique aussi que, « lorsque l’IRD a été créé par le gouvernement travailliste, son but affiché est de mener des activités de propagande en faveur d’une troisième voie entre le communisme soviétique et le capitalisme américain. Il n’est absolument pas évident à l’époque qu’il s’agissait d’une arme des services secrets britanniques »50.

Pour terminer, il faut indiquer que 1949 est l’une des années les plus terribles de la guerre froide. Staline est vieillissant et sa paranoïa ne cesse de s’aggraver ; l’URSS a mis au point l’arme atomique et termine son processus de satellisation des pays d’Europe de l’Est ; la guerre de Corée est sur le point de débuter ; et l’Angleterre grouille littéralement d’espions du NKVD (notamment les fameux Cinq de Cambridge).

Orwell, lui, très loin des sympathies soviétiques d’une partie de l’intelligentsia occidentale, a pu voir pendant la guerre civile espagnole le stalinisme au pouvoir à Barcelone, lors de l’élimination des anarchistes qui contrôlaient la ville.

Le détail de cette affaire se retrouve dans le pamphlet Orwell devant ses calomniateurs, publié en 1997 par L’Encyclopédie des nuisances aux éditions Ivrea. De manière plus succincte, Simon Leys aborde la question dans la réédition de son essai Orwell ou l’horreur de la politique (2006).

Orwell à Eton

Aldous Huxley, le futur auteur du Meilleur des mondes, enseigna brièvement le français à Eton (en remplacement d’un professeur titulaire parti à la guerre), où parmi ses élèves figurait le futur auteur de 1984. Apparemment, Orwell appréciait Huxley, qui leur apprenait « des mots rares et étranges, de manière assez concertée », se souvient Steven Runciman (ami et condisciple d’Orwell à cette époque), qui ajoute qu’il était « un professeur d’une totale incompétence. Il n’arrivait pas à faire respecter la discipline et était tellement myope qu’il ne voyait pas ce qui se passait, si bien qu’il était constamment chahuté », ce qui énervait passablement Orwell « qui trouvait que c’était cruel ». Si Huxley et Orwell s’estimaient mutuellement, il faut reconnaître que Huxley n’a jamais compris la nécessité interne et la force de 1984, sans doute à cause de sa technophilie51.

Runciman conclut pourtant que les cours dispensés par Aldous Huxley ne furent pas inutiles aux jeunes gens : « Le goût des mots, de leur usage précis et signifiant nous resta. En cela, nous avons une grande dette envers lui52».

Orwell et l’espéranto

Selon une information publiée par le centre d’espéranto de Londres en 1984, qui serait en partie vraie et en partie mythique, Orwell n’aurait pas apprécié l’espéranto et l’aurait utilisé comme modèle pour le novlangue de son roman 1984. Trois affaires ayant eu lieu pendant la jeunesse d’Orwell pourraient avoir eu une certaine importance. La première, en 1927, quand Orwell visita sa tante Nellie Limouzin, celle-ci logeait avec le fameux espérantiste Eugène Adam (connu sous le pseudonyme de Lanti, l’un des fondateurs de l’Association mondiale anationale – abréviation SAT en espéranto). Limouzin et Lanti utilisaient l’espéranto à la maison. La deuxième, un ami d’Orwell, voyageant à Paris et voulant apprendre le français dut quitter son logement pour cause de mésentente avec les autres résidents qui ne s’exprimaient qu’en espéranto et vivaient selon l’idéologie espérantiste de l’époque. La troisième, les époux Westrope, amis de Lanti possédaient une librairie à Hampstead, où Orwell travailla pendant sa jeunesse. L’espéranto comme source du novlangue demeure douteux. Le but du novlangue, fut clairement défini par Orwell, comme appauvrissement de la langue pour empêcher toute critique contre le système (selon l’idée, que l’on ne peut concevoir quelque chose, que si on peut l’exprimer). Cela diffère de l’espéranto, dont la possibilité d’associer racines et affixes, multiplie au contraire le nombre de mots, et en conséquence nuance, presque sans limite les manières de s’exprimer. Par ailleurs, si Orwell avait vraiment voulu s’attaquer à l’espéranto, il n’aurait sans doute pas eu besoin d’un tel détour53.

Œuvres

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Œuvre de George Orwell.

Les éditeurs français ne sont mentionnés que si les textes n’ont pas fait l’objet de plusieurs traductions différentes.

Autres écrits
  • Chroniques du temps de la guerre (1941-1943) (The War Broadcasts / The War Commentaries, Londres, 1985 – posthume), Paris, éd. G. Lebovici, 1988 (ISBN 2-85184-182-3).
  • Essais, articles et lettres (Collected Essays, Journalism, and Letters, New York, Harcourt, Brace & World, 1968 – posthume), 4 vol., Paris, éd. Ivrea et éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 1995-2001.
    Édition originale établie par Sonia Orwell et Ian Angus.
  • Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943), Paris, éd. Ivrea et Encyclopédie des nuisances, 2005 (ISBN 2-85184-284-6).
    Édition abrégée des Essais, articles et lettres.
  • Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949), Paris, éd. Ivrea et Encyclopédie des nuisances, 2005 (ISBN 2-85184-285-4).
    Édition abrégée des Essais, articles et lettres.
  • Correspondance avec son traducteur René-Noël Raimbault : correspondance inédite, 1934-1935, Paris, éd. Jean-Michel Place, 2006.
  • À ma guise : Chroniques (1943-1947), Marseille, Agone, 2008 (ISBN 978-2-7489-0083-5).
  • Écrits politiques (1928-1949) : Sur le socialisme, les intellectuels et la démocratie, Marseille, Agone, 2009 (ISBN 978-2-7489-0084-2).
  • Une vie en lettres. Correspondance (1903-1950), Agone, 2014.

Articles

Adaptations

Plusieurs des romans et nouvelles de George Orwell ont été adaptés pour le cinéma et la télévision après sa mort :

Notes et références

  1. « Orwell définit cette classe comme une haute bourgeoisie désargentée, pas vraiment fauchée, ni dans le besoin, mais incapable avec ses propres ressources de jouer le rôle qui lui incombe en vertu de son éducation et du statut dont elle continue à bénéficier ». Bernard Crick, George Orwell : une vie, p. 63.
  2. Et non, comme il est parfois écrit, en 1907. Crick, op. cit., p. 50.
  3. « L’entrée dans n’importe quelle carrière, que ce soit l’Église, l’Armée, la fonction publique, ou une profession libérale est soumise à l’obligation d’avoir reçu une « bonne éducation » jusqu’à dix-huit ans, puisqu’à l’époque il n’est pas indispensable d’avoir fréquenté l’université. C’est « l’école » qui compte, et cela désigne le passage dans une institution secondaire privée (public school) entre treize, quatorze et dix-huit ans. Aux preparatory schools incombe la tâche de faire entrer les jeunes garçons dans le « bon collège. » Crick, op. cit., p. 63. St Cyprien est l’une des meilleures prep schools de l’époque, et l’une des plus chères : les droits d’inscription s’élèvent à 180 livres par an (presque le double du salaire moyen annuel d’un employé). Orwell bénéficie d’une bourse, et sa famille n’a à sa charge qu’une partie de ces frais.
  4. Lettre de George Orwell à Cyril Connolly, citée par Simon Leys 1984, p. 35
  5. Bernard Crick exprime quelques doutes quant au fait que ces années d’internat aient été franchement traumatisantes pour Orwell. Cf. op. cit., chap. II et III. Such, Such were the Joys ne peut paraître en Grande-Bretagne qu’en 1968 pour échapper aux attaques en justice pour diffamation, mais publié, en 1952, dans la Partisan Review, aux États-Unis. Selon certains commentateurs, ce livre est une préfiguration de 1984.
  6. Crick, op. cit., p. 82.
  7. « Ces histoires ne sont pas pires, mais en aucun cas meilleures, que ce que l’on pourrait attendre de n’importe quel garçon instruit de presque seize ans : intelligentes, assez bien écrites, mais dépourvues de caractère et de style personnel ». Crick, op. cit., p. 124.
  8. Elle est même un peu plus que cela trois ans avant qu’Eric Blair ne mette les pieds sur le continent indien : en Birmanie, en avril 1919, des troupes d’élite népalaises, sous les ordres du général Dyers, « avaient tiré pendant dix minutes sur une foule pacifique, tuant près de quatre cents personnes, dont des femmes et des enfants, et en blessant mille deux cents autres. » Newsinger, La politique selon Orwell, p. 47-48.
  9. En 1924, « il y eut une grève de l’impôt, particulièrement suivie dans les régions qui longent l’Irrawaddy. La police fut sollicitée pour maintenir l’ordre et briser la grève […] Elle procéda à des arrestations, confisqua des biens, et, en diverses occasions, incendia totalement des villages. » Newsinger, op. cit., p. 48. Bernard Crick explique néanmoins que des réformes visant à assouplir le joug colonial ont été octroyées aux Birmans en 1923, suite notamment à une grève des étudiants. Crick, op. cit., p. 160.
  10. Sir Herbert White en 1913, cité par Crick, op. cit., p. 159.
  11. Crick, op. cit., p. 159.
  12. Bernard Crick, op. cit., p. 165. Le texte, publié en 1931 dans la revue Adelphi, sous le nom d’Eric A. Blair, exprime toute l’horreur et le dégoût pour la peine de mort que lui a inspiré ce spectacle. Crick a cependant quelques doutes quant à la réalité de la présence du sergent Blair à une exécution capitale durant son séjour en Birmanie.
  13. Une histoire birmane, p. 52. Pour John Newsinger, qui cite ce passage, « il ressort clairement du livre [publié en 1934] que l’auteur approuve entièrement ce réquisitoire », op. cit., p. 19-20.
  14. « Il écrivait si mal. Il dut s’apprendre lui-même à écrire. Il ressemblait à un singe à qui l’on aurait donné un porte-plume. Un singe avec un porte-plume. Il devint un maître en Anglais, mais ce fut à la force du poignet. À cette époque, il utilisait un certain nombre de mots grossiers, et nous devions corriger son orthographe. » Témoignage de Ruth Pitter, une amie de la famille Blair, à Bernard Crick, op. cit., p. 196.
  15. John Newsinger, La Politique selon Orwell, p. 41. Bernard Crick rapporte qu’Orwell commença à travailler à son ouvrage sur les vagabonds d’Angleterre dès février 1929, op. cit., p. 210.
  16. « En réalité, la période couverte par Dans la dèche à Paris et à Londres ne représente guère plus de dix semaines sur les dix-huit mois passés à Paris ». Crick, op. cit., p. 204.
  17. Rien à voir avec le quotidien d’Hubert Beuve-Méry, qui sera fondé en 1944.
  18. « Il avait différents « points de chute », à Londres, où il échangeait ses vêtements convenables contre des guenilles ». Bernard Crick, op. cit., p. 222.
  19. Il sera traduit en français sous le titre La Vache enragée et publié aux éditions Gallimard en mai 1935, avec une préface de Panaït Istrati. Cf. Orwell, Correspondance avec son traducteur René-Noël Raimbault, p. 49.
  20. Plusieurs raisons sont invoquées par Bernard Crick pour expliquer cette décision de prendre un pseudonyme : protéger sa famille au cas où ses écrits seraient jugés scandaleux (l’éditeur de Dans la dèche à Paris et à Londres craint pour ce livre, notamment pour sa description des asiles de nuit, le procès en diffamation ; et puis Orwell prépare déjà son Histoire birmane) ; pour qu’au cas où ce livre serait un échec, il puisse continuer à publier sous le nom de Blair ; enfin parce qu’il n’aurait pas aimé son nom ni surtout son prénom. Eric Blair propose à son éditeur de choisir entre plusieurs pseudonymes : P. S. Burton, Kenneth Miles, George Orwell, H. Lewis Allways, précisant qu’il a une préférence pour George Orwell. L’éditeur est du même avis que lui. L’Orwell est une petite rivière que connaissait Eric Blair. Cf. Crick, op. cit., p. 244 et 253.
  21. Lettre du 03/10/1934, citée par Bernard Crick, op. cit., p. 267.
  22. Plus tard, Orwell reniera totalement ce livre et laissera des instructions pour qu’il ne soit ni traduit, ni réédité. Crick, op. cit., p. 279-280, pour tout ce passage.
  23. Bernard Crick, op. cit., p. 271.
  24. Bernard Crick, op. cit., p. 301.
  25. La mise en cause des « fanatiques et excentriques » qui composent selon lui le gros des mouvements socialistes, et où il explique que le socialisme anglais a « attiré tout ce que l’Angleterre compte de buveurs de jus de fruit, de nudistes, de porteurs de sandales, d’obsédés sexuels, de quakers, de charlatans adeptes de la vie saine, de pacifistes et de féministes » sera notamment source de nombreuses polémiques. John Newsinger, La Politique selon Orwell, p. 75. Les propos d’Orwell, cités dans l’étude de Newsinger, sont issus du Quai de Wigan, p. 196.
  26. Le terme est utilisé par Simon Leys (Simon Leys 1984, p. 24)
  27. Cf. Simon Leys 1984, p. 24-30. Leys voit dans la description d’une vision depuis le train qui emmène Orwell vers les régions minières (et reproduit dans Le Quai de Wigan, ed. Champ Libre, p. 21-22) le compte-rendu de l’« illumination » qui convertit alors Orwell à la cause socialiste.
  28. Qu’Orwell était d’abord allé demander au secrétaire général du Parti communiste anglais, qui les lui refusa, le jugeant « politiquement peu sûr ». Cf. Crick, op. cit., p. 342.
  29. « Le POUM (Partido Obrero de Unificacion Marxista) était l’un de ces partis communistes dissidents que l’on a vu apparaître en beaucoup de pays au cours de ces dernières années, par suite de l’opposition au stalinisme, c’est-à-dire au changement, réel ou apparent, de la politique communiste » George Orwell, Hommage à la Catalogne, p. 249.
  30. Cette barrière, « il est tellement simple de faire comme si elle n’existait pas, mais il est impossible de la franchir », écrit-il dans Le Quai de Wigan, p. 176.
  31. Hommage à la Catalogne, p. 111. Sur les sentiments qu’inspire à Orwell la révolution espagnole à son arrivée en Catalogne, voir également Newsinger, La Politique selon Orwell, p. 83-89.
  32. « Le PSUC (Partit Socialista Unificat de Catalunya) était le parti socialiste de Catalogne ; il avait été formé au début de la guerre par la fusion de différents partis marxistes, dont le parti communiste catalan ; mais il était à présent [en 1937] totalement dirigé par les communistes et affilié à la Troisième Internationale » (Hommage à la Catalogne, p. 248).
  33. Le gouvernement républicain et les communistes du PSUC (sur ordre de Moscou) voulaient stopper le processus révolutionnaire enclenché à Barcelone : le 3 mai, la police investit le central téléphonique contrôlé par la CNT (anarcho-syndicaliste). Une grève générale spontanée s’ensuit. La direction du POUM presse celle de la CNT de prendre la tête du mouvement afin de remettre en route le processus révolutionnaire, ce qu’elle refuse, préférant malgré tout rester fidèle au gouvernement catalan. Isolé, le POUM estime ne pas avoir les capacités nécessaires pour organiser l’insurrection qui prend fin le 6 mai, après des combats qui ont fait plus de neuf cents morts et quatre mille blessés. Cf. Orwell, Hommage à la Catalogne, Appendice II, « Ce que furent les troubles de mai à Barcelone », p. 263-294 ; Newsinger, La Politique selon Orwell, p. 89-94.
  34. Cité par John Newsinger, La Politique selon Orwell, p. 101.
  35. « Why I joined the Independent Labour Party » (« Pourquoi j’ai adhéré à l’I.L.P »), New Leader, 24 juin 1938. Traduction française : Dans le ventre de la baleine, et autres essais, Ivrea, 2005, p. 50. Il juge cette affiliation à un parti constitué inévitable, considérant qu’il ne lui est plus possible de faire l’économie de ce type d’engagement à l’heure des « matraques en caoutchouc » et des « camps de concentration ».
  36. « Not Counting Niggers », article publié en 1939 et dirigé contre l’ouvrage de Clarence Streit, Union Now, qui appelle à une alliance des puissances occidentales contre le nazisme. Orwell y écrit notamment : « M. Streit a froidement rangé les immenses empires français et britanniques – qui ne sont fondamentalement rien d’autre que des machines à exploiter de la main-d’œuvre à bon marché – sous la rubrique « démocraties « ». Cf. John Newsinger, op. cit., p. 28.
  37. Il s’en explique dans un article publié en 1940, « My Country Right or Left ». Cf. Newsinger, op. cit., p. 112.
  38. Crick, op. cit., p. 414
  39. Recueillies plus tard dans ses Chroniques du temps de la guerre (1941-1943) (cf. bibliographie).
  40. « Elle se caractérisa par sa forte hostilité à l’égard du stalinisme et elle devint le lieu d’expression d’une sorte de trotskisme littéraire : elle afficha une vive sympathie pour les idées de Trotski mais évita tout lien organisationnel ». J. Newsinger, La politique selon Orwell, p. 161.
  41. « Plusieurs hypothèses ont été avancées [pour justifier ce départ]. D’abord, il a pris conscience de la futilité de son travail : il produit des émissions pour des publics confidentiels sans avoir aucun retour. Ensuite, il y a l’épuisement total : ce travail l’a complètement usé ». Newsinger, op. cit., p. 178. Enfin, il a eu plusieurs fois affaire avec la censure, qui avait notamment refusé le script d’une émission mettant en cause Franco : « la tentative de donner à la guerre « une coloration antifasciste » était allée un peu trop loin ». Newsinger, op. cit., p. 34.
  42. Ainsi que le mentionne Orwell lui-même dans la préface de 1945, non publiée, de La Ferme de animaux, in Essais, articles, et lettres, tome III, p. 509.
  43. Déclaration reproduite dans le livre de John Newsinger, op. cit., p. 299.
  44. (en) The Complete Works of George Orwell [archive] sur le site des éditions The Random House Group.
  45. « The 50 greatest British writers since 1945 » [archive], The Times,‎ 5 janvier 2008 (consulté le 14 octobre 2010)
  46. (en) George Orwell and the British Foreign Office [archive], voir la lettre d’Orwell à Celia Kirwan
  47. Crick, op. cit., p. 629, note 49.
  48. Crick, op. cit., p. 629 ; Simon Leys 1984, p. 116
  49. Ainsi, « en mars 1948, Orwell écrit à George Woodcock pour que le Freedom Defense Committee prenne position contre la tentative du gouvernement travailliste de purger la fonction publique de ses éléments communistes. » John Newsinger, La politique selon Orwell, p. 255.
  50. John Newsinger, La Politique selon Orwell, p. 254
  51. Cf. Michel Weber, De quelle révolution avons-nous besoin ? [archive], Paris, Éditions Sang de la Terre, 2013. (ISBN 978-2-86985-297-6)
  52. Cf. Bernard Crick, op. cit., p. 128-129, d’où sont extraites les citations des propos de Sir Steven Runciman
  53. Esperanto and George Orwell United Nations Association of New Zealand to the 27th Plenary Assembly of the World Federation of United Nations Associations, Barcelono, 1979

Voir aussi

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Bibliographie

Ne figurent ci-dessous que des ouvrages en français.

  • « George Orwell critique du machinisme », Les Amis de Ludd, Bulletin d’information anti-industriel, Éditions la Lenteur, 2009.
  • « Autour d’Orwell », sous la dir. de Gilbert Bonifas, Revue Cycnos, tome 11, fascicule 2, Nice, université de Nice, 1994, 163 p.
  • « George Orwell », sous la dir. de Jean-Jacques Courtine et Catherine Rihoit, Revue L’Arc, no 94, Saint-Étienne-les-Orgues, Éd. Le Jas, 1984, 105 p.
  • « George Orwell », Revue Les années 1930, no 10, Nantes, université de Nantes, 1989, 79 p. (ISBN 2-86939-036-X).
  • George Orwell devant ses calomniateurs : quelques observations, Paris, Éd. Ivrea & Éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 1997, 27 p. (ISBN 2-85184-260-9).
  • Collectif, « Orwell, entre littérature et politique », Agone no 45, Marseille, 2011.
  • Bruce Bégout, De la décence ordinaire : court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell, Paris, Allia, 2008, 124 p. (ISBN 978-2-84485-286-1).
  • Alain Besançon, La falsification du bien : Soloviev et Orwell, Paris, Julliard, 1985, 222 p. (ISBN 2-260-00405-9).
  • Gilbert Bonifas, George Orwell : l’engagement, Paris, Didier, 1984, 502 p. (ISBN 286460-055-2).
  • François Brune, Sous le soleil de Big Brother : précis sur « 1984 » à l’usage des années 2000 : une relecture d’Orwell, Paris, L’Harmattan, 2000, 167 p. (ISBN 2-7384-9611-3).
  • Bernard Crick, George Orwell : une vie, trad. par Jean Clem, Paris, Balland, 1982, 502 p. (ISBN 2-7158-0381-8). L’original anglais date de 1980.
  • Bernard Crick, George Orwell : une vie, trad. par Stéphanie Carretero et Frédéric Joly, Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 2003, 656 p. (ISBN 2-84158-234-5). Rééd. révisée : Paris, Flammarion, 2008, 712 p. (ISBN 978-2-0812-2027-0). L’original anglais date de 1980.
  • Jean-Pierre Devroey, L’âme de cristal : Georges Orwell au présent, Bruxelles, Éd. de l’université de Bruxelles, 1985, 244 p. (ISBN 2-8004-0862-6).
  • Bernard Gensane, George Orwell : vie et écriture, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1994, 243 p. (ISBN 2-86480-675-4).
  • Louis Gill, George Orwell : de la guerre civile espagnole à « 1984 », Québec, Éd. Lux, 2005, 175 p. (ISBN 2-89596-022-4).
  • Isabelle Jarry, George Orwell : cent ans d’anticipation, Paris, Stock, 2003, 209 p. (ISBN 2-234-05570-9).
  • Jean-Daniel Jurgensen, Orwell ou La route de « 1984 », Paris, Laffont, 1983, 208 p. (ISBN 2-221-01033-7).
  • Simon Leys, Orwell ou L’horreur de la politique, Paris, Plon,‎ 2006 (1re éd. 1984), 115 p. (ISBN 978-2-259-20246-6 et 2-259-20246-2, LCCN 2008366689)
  • Jean-Pierre Martin, L’autre vie d’Orwell, Gallimard, « L’un et l’autre », 2013.
  • Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 1995, 139 p. (ISBN 2-84158-000-8). Rééd. augmentée : Orwell, anarchiste tory ; suivi de À propos de « 1984 », Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 2008, 176 p. (ISBN 978-2-08-121738-6).
  • Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur, Castelnau-le-Lez, Éd. Climats, 2003, 167 p. (ISBN 2-84158-233-7).
  • John Newsinger, La politique selon Orwell, trad. par Bernard Gensane, Marseille, Agone, 2006, XXVI-332 p. (ISBN 978-2-7489-0036-1). L’original anglais date de 1999.
  • Jean-Jacques Rosat, Chroniques orwelliennes, mars 2012. [lire en ligne]
  • Raymond Williams, George Orwell, trad. par Michel Morvan, Paris, Seghers, 1972, 159 p. L’original anglais date de 1971.

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George Orwell, ce socialiste anti-totalitaire méconnu (1 sur 11)

22 août 2012, 0:46 Auteur : 3 commentaires

Nous publions une série passionnante de réflexions très poussées de Thibault sur une figure du socialisme et de la lutte anti-totalitaire, George Orwell. Cet auteur est très connu pour 1984 ou encore la ferme des animaux, mais son œuvre est loin de se réduire à ces deux ouvrages majeurs. Cité régulièrement dans les médias, notamment pour son expression “Big Brother”, il reste paradoxalement assez méconnu du grand public. Voici le premier épisode de cette série, sur 11 en tout qui seront publiés à échéances régulières.

Dans son essai Orwell, anarchiste tory, Jean-Claude Michéa nous rappelait que pour la seule année 1984, 3000 livres ont été consacrés à George Orwell, auteur classé deuxième des cinquante plus grands écrivains anglais depuis 19451. Ce chiffre résume à lui seul tout le paradoxe à l’égard d’un auteur, finalement méconnu en tant que penseur. D’une part, il est devenu fréquent de parler d’univers orwellien pour décrire le totalitarisme et les techniques de surveillance toujours plus performantes (on pourra ici se reporter à l’indispensable essai anonyme Gouverner par le chaos ou aux salutaires travaux de l’excellent collectif anti-industriel Pièces et main d’œuvre). 1984 est mondialement connu et explique le nombre impressionnant de livres précité. Mais d’autre part, publier tous ces livres en 1984, date de son célèbre roman éponyme, réduit l’œuvre d’Orwell à ce seul roman. Celle-ci est cependant particulièrement prolifique, comme le montrent tant ses nombreux livres que ses écrits complets, au contenu éclectique. Si l’auteur décéda en 1950, il fallut attendre 1995 pour que ses premiers Collected Essays soient traduits.2 Un autre problème apparaît, qui est l’évacuation de la dimension critique de la pensée de George Orwell, réduite à un simple anti-communisme / anti-totalitarisme. Il n’est que de se reporter à la transposition cinématographique de 1984, réalisée par Michael Radford avec John Hurt dans le rôle principal. À le regarder, nous n’avons affaire qu’à un banal film de science-fiction, dont toute dimension anti-capitaliste est absente, tout comme son sens profond – une critique de l’univers mental de l’intellectuel partidaire. Nous ne nous attarderons même pas sur l’adaptation catastrophique de La ferme des animaux en dessin animé en 1954. Ajoutons qu’au-delà du fait d’être méconnu en tant que pamphlétaire, ou d’être l’objet de tentatives de récupération3, Orwell fut l’objet de calomnies, accusé de délation, d’être un « mouchard ». Des propos qui s’avèrent mensongers et dénués de fondements lorsque les prétendues « preuves » sont analysées, mais que formula le Guardian en 1996, relayé en France la même année par le quotidien Libération4 et en 2003 par Le Monde.5

À la lecture de l’intégralité de l’œuvre orwellienne, de nombreuses critiques politiques, qui restent très actuelles, ressortent et peuvent expliquer ces attaques : refus de la logique de Marché comme de la toute-puissance de l’État, attachement à une certaine morale, critique de la perversion du langage, éloge des gens ordinaires, méfiance quant à l’esprit de système, « brutalité intellectuelle »6 – liste non exhaustive. C’est là le principal enjeu d’une étude de la pensée d’Orwell et ceci d’autant plus que sa pensée complexe, que Michéa qualifie de conservatisme critique7, est un ensemble composite fait tant d’anarchisme, de patriotisme, de communisme que de socialisme démocratique. Tout ce qui, en somme, récuse la domination de classe et d’argent entretenus par l’économie de marché. Mais c’est aussi, pour reprendre Michéa « cette inaptitude radicale à l’esprit d’orthodoxie, comme à tous les jeux de pouvoir liés à ce dernier, qui explique l’intérêt philosophique exceptionnel des essais de George Orwell. »8

Mais la réflexion de George Orwell comporte bien plus que cela. Après tout, chacun peut se targuer d’avoir ses propres valeurs sans que cela en fasse pour autant un analyste impérissable. Outre le caractère actuel de la critique orwellienne donc, c’est par la notion fondamentale de common decency qu’il peut être considéré comme un auteur indispensable à étudier. Comme nous le verrons, il n’a jamais vraiment défini ce concept, qui en acquiert le nom par la force des choses et la place qu’il occupe dans sa pensée. Pour l’introduire, disons seulement qu’il est ce bon sens ancré chez les gens ordinaires, fait de confiance réciproque, de loyauté, de solidarité, et de bien plus encore. Pour sa part, Michéa lui attribue un « champ de relations extrêmement vaste, qui va de l’entraide bienveillante à la simple politesse. »9 Une fois cela posé, proposons ce qui fait l’originalité de la common decency et, partant, l’intérêt de son étude. Elle est ce que Zygmunt Bauman nomme un praxéomorphisme, notion qu’il définit comme se formant « en réaction aux réalités telles que perçues à travers le prisme des pratiques humaines – ce que les êtres humains font, ce qu’ils savent faire, ce qu’ils ont appris à faire, ce qu’ils sont enclins à faire.10 » Face aux diverses crises politiques et économiques que connaît aujourd’hui la philosophie et pragmatique libérale, ce processus sans sujet, la démarche d’Orwell, très proche finalement de l’empirisme des observations appuyant la théorie du système de don / contre-don et des théories du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales), propose une alternative. Il s’agit, en se demandant avec lui ce qu’est l’homme et quels sont ses besoins11, de partir du réel pour rebâtir une pensée politique qui s’inscrive dans la réalité du quotidien des gens ordinaires, et de fondamentaux indépassables pour qui veut conserver une société aux bases stables.

Quelque chose de Charles Dickens…

Le socialisme d’Orwell est avant tout le produit d’une vie singulière. C’est progressivement, comme nous le verrons, que s’est développée et affinée sa pensée. Écrivain, il fut en outre, avant tout, un lecteur – d’essais, mais aussi de romans et nouvelles. Au regard des étapes ayant jalonné sa vie, il ressort que son orientation, si elle fut praxéomorphique, n’en fut pas moins influencée par l’expérience et les œuvres d’autres auteurs, principalement Jack London, Rudyard Kipling et surtout Charles Dickens.

Kipling a marqué la jeunesse d’Orwell12, fils d’un fonctionnaire de l’administration des Indes. C’est dans ces colonies anglaises dont Orwell fut agent colonial plusieurs années que se tiennent les écrits de Kipling. Si Orwell critique humainement le colonialisme de Kipling13, il rejoint son point de vue quant à l’humanisme « hypocrite » qu’aurait l’homme de gauche, indigné du colonialisme mais toutefois peu désireux d’accepter la réduction de son train de vie qu’impliquerait l’indépendance birmane14. Jack London15, révolutionnaire, avait comme Orwell des convictions démocratiques et socialistes16, servies par une personnalité singulière17. Excepté ce que lui reproche Orwell – une inclination à préférer la force, la tendance à un certain darwinisme social18 –, leurs vie et réflexion sont comparables.19 Ancien miséreux20, fidèle aux exploités, ennemi des privilèges, London privilégiait le partage du quotidien des gens ordinaires, en particulier les travailleurs manuels21. Surtout, il gardait un fond critique tout en étant partisan de la force ; un certain côté tory, dans la veine d’Orwell, dû à « sa connaissance, théorique aussi bien que pratique, de ce que signifie le capitalisme industriel en termes de souffrances humaines.22 » Enfin, sur l’influence exercée par London sur Orwell, 1984 reprend l’acuité anticipatrice de l’auteur de L’appel de la forêt. London avait en effet prévu que, dans une société totalitaire, les opposants ou soupçonnés d’hostilité « disparaissaient purement et simplement».

C’est toutefois Charles Dickens qui semble avoir exercé une influence déterminante sur George Orwell. Quand Orwell mentionne Dickens, les propos sont presque autobiographiques, tant les ressemblances sont flagrantes. Il est d’ailleurs révélateur que ce soit dans son essai sur Dickens24, que nous trouvions chez Orwell25 la première fois l’évocation de la common decency.26 Présent dans l’histoire du socialisme ouvrier27, subversif, extrémiste et révolté – aux dires d’Orwell –, Dickens n’est pas pour autant un révolutionnaire.28 Il est un « radical issu de la classe moyenne29 ». Tout comme Orwell plus tard, il fréquenta la vie des pauvres et prit la défense de la classe ouvrière. Bien qu’en méprisant divers aspects à cause de son vécu d’enfant pauvre30, il y trouvait les hommes les plus sains, les travailleurs. Mais, précise Orwell, Dickens s’identifiait davantage à la classe moyenne, sans toutefois s’orienter vers une conscience de classe. Dickens avait ce sentiment inné que la société est inconvenante, et qu’au-delà d’un simple changement institutionnel, « le cœur de l’homme »31 s’avérait l’élément déterminant. Et c’est précisément chez la classe ouvrière que se trouvait « l’honnêteté innée de l’homme ordinaire32 ». Dickens était animé comme Orwell d’une colère généreuse33 face à l’injustice et à la misère, se défiant du pharisaïsme et de la domination des forts sur les faibles. Tous deux peuvent ici entrer dans l’acception de « libéral du 19ème siècle34 », comme défenseurs des libertés démocratiques fondamentales. Orwell a cependant dépassé Dickens. Imprégné de l’auteur, il s’est immergé dans le monde des pauvres et du « lumpenproletariat », frange oubliée de la population35. Enfin, il est intéressant de noter que la méthodologie des deux hommes peut trouver un point de comparaison. Orwell nous entretient de « la manière propre à Dickens de proférer de petits mensonges pour mieux faire ressortir ce qu’il considère comme une grande vérité.36 » Simon Leys révèle la même technique chez Orwell : « L’imagination n’a pas seulement une fonction esthétique, mais aussi éthique. Littéralement, il faut inventer la réalité37 ». Dans Le Quai de Wigan, Orwell réarrange parfois les faits. Sa prétention ethnographique de se « [borner] à décrire ce [qu’il] a vu38 » est destinée à faire prendre conscience de manière plus efficiente du besoin de changer les choses. Leys nous apprend, reprenant Crick, que l’anecdote décrite avec la femme s’échinant sur un tuyau dans le froid est en réalité un faux événement vécu.39 En fin de compte, la forte influence exercée par Dickens sur Orwell se limitait à une critique morale, sans proposition constructive. Orwell reprit les bases puis s’orienta vers une recherche pratique inchoative. D’où la construction, par son expérience et sa réflexion, du concept de common decency.

Notes

1. Michéa (J.-C.), Orwell, anarchiste tory, p.67, au sujet des 3000 livres. Voir http://entertainment. timesonline.co.uk/tol/arts_and_entertainment/books/article3127837.ece pour le classement des auteurs.

2. Année de traduction du premier tome des Essais, articles, lettres, paru aux Editions Ivrea / Editions de l’Encyclopédie des nuisances.

3. En Europe et en Amérique, les néo-conservateurs essaient de s’approprier Orwell, en faisant parler le mort pour tenter de cautionner leur propos. Rien d’étonnant à cela, constate Leys, dans Orwell ou l’horreur de la politique : « Cette annexion d’Orwell par la nouvelle droite reflète moins le potentiel conservateur de sa pensée que la persistante stupidité d’une gauche qui, au lieu de commencer enfin à le lire et à le comprendre, s’est laissé scandaleusement confisquer le plus puissant de ses écrivains », p.73.

4. Voir sur ce sujet la brochure publiée par les éditions Ivrea / Encyclopédie des nuisances, intitulée Georges Orwell devant ses calomniateurs – quelques observations.

5. Leys (S.), op. cit., p.116.

6. Leys, op. cit., p.12.

7. Orwell, anarchiste tory, op. cit., p.142.

8. Michéa (J.-C.), Orwell éducateur, p.18.

9. Michéa (J.-C.), Impasse Adam Smith, p.95.

10. Bauman (Z.), L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ?, p.11.

11. Interrogations formulées explicitement dans son essai Les Lieux de loisirs, EAL vol. IV, 19, pp.99-104.

12. Bien que de manière ambivalente : « (…) j’ai adoré Kipling à treize ans, l’ai détesté à dix-sept, méprisé à vingt-cinq et aujourd’hui tends plutôt à l’admirer. La seule chose impossible, pour qui l’avait lu un jour, c’était de l’oublier. », EAL. vol. I, 68, [A l’occasion de la mort de Kipling], p.205.

13. « Kipling est indubitablement un impérialiste forcené, un être moralement insensible et esthétiquement répugnant. », EAL vol. II, 30, « Rudyard Kipling », p.230.

14. « Dans les pays fortement industrialisés, tous les partis de gauche sont au fond une imposture parce qu’ils font profession de lutter contre quelque chose qu’ils ne veulent pas réellement détruire. Ils affichent un programme internationaliste, et en même temps se battent pour préserver chez eux un niveau de vie incompatible avec ce programme. Nous vivons tous de la spoliation des coolies asiatiques et ceux d’entre nous qui sont « éclairés » clament d’une même voix que ces coolies devraient se voir accorder la liberté ; mais notre niveau de vie, condition de notre « esprit éclairé », exige que la spoliation se poursuive. Un humaniste est toujours un hypocrite, et c’est peut-être parce que Kipling a bien saisi ce phénomène qu’il a su trouver tant de formules percutantes. », ibid., p.234.

15. EAL vol. IV, 7, « Introduction à Love of Life and Other Stories de Jack London », pp.32-40.

17. « London était un socialiste qui avait les instincts d’un pirate et l’éducation d’un matérialiste du 19ème siècle. » ibid., p.38.

19. Au premier chef, « c’était un aventurier et un homme d’action comme peu d’écrivains l’ont été », ibid., p.35. Un qualificatif que nous pourrions appliquer à Orwell lui-même.

23. Ibid., p.34. Dans 1984, la Novlangue parle alors de « non-être », un homme qui, exécuté, n’a jamais existé : « les épurations et les vaporisations font nécessairement partie du mécanisme de l’Etat », 1984, p.70.24. EAL vol. I, 162, « Charles Dickens », pp.517-574.

25. Du moins dans la traduction française de ses Essais, articles, lettres.

26. « En dernier ressort, [Dickens] n’admire rien, si ce n’est la « common decency », l’honnêteté des mœurs. La science est inintéressante, la machine cruelle et laide (la tête d’éléphant). » EAL vol. I, 162, « Charles Dickens », p.557.

28. « Pour Dickens, les révolutionnaires ne sont que des sauvages parvenus au dernier degré de l’avilissement – des fous, en réalité. », ibid., p.527.

29. EAL vol. III, 26, « A ma guise », p.138.

30. EAL vol. I, 162, « Charles Dickens », p.542.

33. Dickens est un homme « animé d’une colère généreuse », ibid., p.574. / « (…) la « colère généreuse » dont parle encore Orwell, pour la distinguer de toutes les figures du ressentiment et des passions tristes, si répandues dans le monde militant (…) », Michéa (J.-C.), Impasse Adam Smith – brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, p.55.34. Dickens est « un libéral du 19ème siècle, une intelligence libre, un type d’individu également exécré par toutes les petites orthodoxies malodorantes qui se disputent aujourd’hui le contrôle de nos esprits. », EAL, vol. I, 162, « Charles Dickens », p.574. / « Orwell, lui-même, n’hésitait pas à se référer à l’héritage des “vieux libéraux” du 19ème siècle, lorsqu’il lui arrivait de prendre le mot en ce sens très particulier. », Michéa (J.-C.), L’empire du moindre mal – essai sur la civilisation libérale, p.15. / Orwell peut donc s’entendre comme « libéral » seulement dans son acception ancienne d’« ami de la liberté », EAL vol. IV, 45, « Editorial de Polemic », p.197.

35. « On en retire l’impression de populations entières d’être déshérités qui, pour Dickens, n’appartiennent même plus à l’humanité. C’est un peu de la même manière que le doctrinaire socialiste d’aujourd’hui efface d’un trait de plume toute une part de l’humanité en parlant de « lumpenprolétariat ». », EAL vol. I, 162, « Charles Dickens », pp.542-543.

36. EAL vol. III, 20, « Cent ans après », p.123.

37. Leys (S.), Orwell ou l’horreur de la politique, p.31.

38. Orwell (G.), Le Quai de Wigan, p.36.

39. Leys (S.), op. cit., pp.29-30. La citation du Quai de Wigan qu’il nous donne, tirée de la version anglaise, indique les pp.16-17 de l’édition Penguin Books. Pour l’édition française que nous avons utilisée, nous retrouvons l’anecdote en question aux pages 21-22.

http://www.deviantart.com/tag/georgeorwell

Quand George Orwell qualifiait De Gaulle de “Führer”

 La lettre d’Orwell vient d’être publiée dans une correspondance publiée en anglais par Liveright. En 1944, la guerre est sur le point de finir, et la France est passée du camp des vaincus à celui des vainqueurs principalement grâce à la détermination et au génie du Général de Gaulle. Celui-ci n’a fait aucun cadeau à ses alliés anglo-saxons pour défendre la souveraineté nationale de la France, il sera même celui qui fera capoter le projet de gouvernement provisoire de la France par les Américains (l’AMGOT), comme au Japon par exemple.

Pourtant, voici ce qu’Orwell ose écrire dans sa lettre : “Hitler, no doubt, will soon disappear, but only at the expense of strengthening (a) Stalin, (b) the Anglo-American millionaires and (c) all sorts of petty fuhrers° of the type of de Gaulle”. En français : “Hitler, c’est certain, va bien disparaître, mais seulement pour voir se renforcer des a) Staline b) les millionnaires anglo-américains c) toutes sortes de führers insignifiant du type de De Gaulle.”

Le moins que l’on puisse dire, c’est que qualifier De Gaulle de führer (donc le comparer à Hitler) manquait clairement de clairvoyance, quand on sait avec le recul de l’histoire que De Gaulle a quitté de lui-même le pouvoir par deux fois, la deuxième sur un référendum perdu. Déjà à son retour au pouvoir en 1958, De Gaulle avait dû se défendre d’être un dictateur, en des termes restés célèbres :

Pour Orwell, tout ce qui apparaissait de près ou de loin comme un leader politique un peu trop charismatique était forcément un Hitler ou un Staline en puissance. De Gaulle est justement la preuve du contraire. Il est la preuve qu’on peut être un leader politique, venant de l’armée, charismatique, mais en appeler régulièrement au peuple par voie de référendum, en allant jusqu’à se retirer si le référendum le désavoue. Ainsi De Gaulle était bien plus démocrate que tous les présidents de la 5ème République qui lui ont succédé, et à la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier. A commencer par ceux qui se trouvent dans l’Union européenne, et qui ont soit refuser le référendum sur le traité constitutionnel à leur peuple, soit qui se sont assis dessus une fois que celui-ci avait dit non. Un De Gaulle ne ferait pas de mal aujourd’hui, il aurait le charisme pour briser les preneurs d’otage de la France, à commencer par la CGT et ses affidés.

 Sur le même thème

 

 1984 de Georges Orwell : on y est !

Publié le 13 juin 2013 par Vahine

Le site Express.be : http://www.express.be nous apprend que le livre de G. Orwell a vu ses ventes augmenter ces derniers temps .

Pas étonnant à mon avis ! Nous sommes actuellement en train de nous diriger vers une société qui va être un mélange du  » Meilleur des mondes  » de Aldous Huxley et de  » 1984  » De G. Orwell .

D’ailleurs ces deux là ont probablement été des francs-maçons de rangs élevés et leurs livres respectifs plus des plans pour le futur que des romans …

Si vous ne les avez pas encore lus, faites le vite, histoire de comprendre ce qui se passe vraiment dans le monde …

 

Le scandale des écoutes américaines décuple les ventes du roman ‘1984’ de Georges Orwell

Arnaud Lefebvre le 12 Juin 2013

Les ventes de « 1984 », le célèbre roman d’anticipation de Georges Orwell, sont depuis plusieurs jours en hausse sur le site de vente en ligne Amazon, écrit le Washington Examiner, cité par Slate.fr. Hier, l’augmentation des ventes se situait aux alentours de 91% en début d’après-midi, chiffre qui est passé, pendant la soirée, à 126%. Aujourd’hui, les ventes de « 1984 » ont continué de monter et atteignent à présent 337%. Le livre de Georges Orwell se retrouve ainsi à la 270ème place du baromètre des ventes d’Amazon.

Pour le site Breitbart, il s’agit de l’effet « NSA » ou « Prism ». Le site explique que le « penchant de l’administration Obama à collecter les données publiques représente une chance pour les humoristes mais aussi pour les héritiers de George Orwell ». « Le récit d’Orwell, 1984, le roman qui a introduit dans notre lexique le terme Big Brother, se vend très bien sur Amazon.com, en partie grâce aux manchettes des journaux sur la NSA et ses écoutes nationales agressives ».

Dans le roman 1984, les individus vivent dans un monde totalitaire où leurs faits et gestes sont constamment épiés, par l’énigmatique « Big Brother ».

Publié dans Manipulations, Médias, Oligarchie mondiale, Fin de la démocratie, Nouvel ordre mondial

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« Bilderberg 2013 Salaire minimum : Hollande… »

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Le monde tel qu’il est vraiment et non pas tel qu’on vous le montre .

Ceci est un site de ré-information traitant entres-autres du Nouvel ordre mondial, des sociétés secrètes qui dirigent réellement le monde : Francs-maçons, Illuminatis, groupe Bilderberg . De l’impérialisme américain, de false-flag comme le 11 Septembre …

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 » L’individu est handicapé en se retrouvant face à face avec une conspiration si monstrueuse, qu’il ne peut croire qu’elle existe.  » J. Edgar Hoover.

 » Le monde est gouverné par des personnages très différents de ce qui est imaginé par ceux qui ne sont pas derriere le rideau  » Benjamin Disraeli.

 » La véritable menace pour notre république est le gouvernement invisible, qui comme une pieuvre géante, étends ses tentacules gluants autour de nos villes, états et nations.  » John F. Hylan.

 » Il y a deux histoires: l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où se trouvent les véritables causes des évènements  » Honoré de Balzac.

 » Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire  » George Orwell.

 » L’opinion publique est la clé. Avec l’opinion publique, rien ne peut faillir. Sans elle, rien ne peut réussir. Celui qui manipule les opinions est plus important que celui qui applique les lois.  » Abraham Lincoln.

 » Des centaines de milliards de dollars sont dépensés chaque année pour contrôler l’opinion publique.  » Noam Chomsky

 » Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin. » Henry Ford.

 

 » L’humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l’humanité.  » J. F. Kennedy

 » Il n’y a pas de mauvais peuple, il n’y a que des mauvais bergers. Un peuple ne se trompe pas, il est trompé. » Jean-Jacques Servan-Schreiber.

 » Je crois à la vertu des petits peuples. Je crois à la vertu du petit nombre. Le monde sera sauvé par quelques-uns.  » André Gide.

 » Le summum de l’orgueil humain est de croire qu’il est seul dans un univers infini.  » Anonyme.

Samsung, Big Brother, Huxley et Orwell

Publié le 6 mars 2015 par Vahine

Samsung, Big Brother, Huxley et Orwell

Un article de : Slate.frhttp://www.slate.fr

Qui confond juste les causes et les conséquences : Huxley et Orwell, tous deux francs-maçons de hauts rangs, n’ont pas  » deviné  » le futur, comment l’auraient ils pu ?

Huxley et Orwell ont DECIDE ce que devait être le futur, en ont fait des livres et eux et leurs pairs font en sorte que celà arrive …

C’est comme ça que ça marche, les choses n’arrivent pas par hazard, tout cela a été prévu de longue date…

Si vous n’avez pas lu :  » Le meilleur des mondes  » d’ Huxley et   » 1984  » de G. Orwell, il est  urgent de la faire, et vous pourrez constater à quel point nous sommes proches de cette société ( un mélange des deux ) dont ils ont révé et qu’ils mettent en place inéluctablement …

Vahine.

La récente polémique sur la smart TV de Samsung a provoqué de nouveaux parallèles avec le chef-d’œuvre d’Orwell, mais c’est Aldous Huxley qui a le mieux dépeint le monde où nous vivons.
Il est toujours intéressant de voir comment une simple référence peut aider à populariser une cause. Il a suffi d’un tweet particulièrement bien senti d’un activiste de l’Electronic Frontier Foundation pour réveiller tout le monde, le 8 février:
View image on TwitterView image on Twitter

A gauche, la politique de confidentialité de la smart TV de Samsung:

«Sachez que si les mots que vous prononcez sont personnels ou contiennent des informations sensibles, il est possible que ces informations fassent partie des données capturées et transmises à un service tiers via la Reconnaissance Vocale.»

A droite, un extrait de 1984 de George Orwell, paru en 1949:

«Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas de moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir.»

Alors oui, forcément, cela fait un peu peur. Samsung a depuis dû préciser sa position et expliquer que sa smart TV n’était pas l’effrayant Big Brother d’Orwell. Pourtant, pour le Consumentenbond, l’équivalent néerlandais de l’UFC-Que choisir, interrogé par Pixels«la polémique autour de Samsung est de l’ordre de la tempête dans un verre d’eau»:

«Ces téléviseurs n’écoutent pas en permanence tout ce qui se passe dans la pièce –le problème le plus important, c’est que leurs conditions d’utilisation ne sont absolument pas transparentes et sont beaucoup trop longues.»

Même discours chez Digital Trends, qui titre«Vous pouvez arrêter de murmurer: votre Smart TV de Samsung ne vous espionne pas».

Snowden et «1984»

Pourtant, il faut avouer qu’elle était attirante, cette comparaison avec l’écrivain britannique. Depuis plusieurs années, l’utilisation d’Orwell pour nous alerter d’un désastre en cours concernant l’espionnage de notre vie privée est devenue commune. Après les révélations d’Edward Snowden, un peu avant l’été 2013, Fabrice Epelboin avait évoqué «le monde orwellien» dans lequel nous vivions:

 

«On peut parler de monde orwellien dans la mesure où l’on trouve les éléments du célèbre roman 1984: un Etat qui surveille les moindres faits et gestes de la population, qui s’immisce de plus en plus dans le domaine du privé, qui contrôle l’information par son emprise sur les médias –les subventionner alors qu’ils sont en situation de faillite chronique depuis des lustres est une bonne solution– et où l’on a un appareil d’Etat qui impose un vocabulaire –qu’Orwell nomme « novlangue » et qu’on appelle, nous, “éléments de langage” ou “storytelling”.

 

Bien sûr que nous sommes dans un monde orwellien. Tout le monde s’en rend bien compte, mais nous sommes encore loin d’être dans un monde en crise ouverte, ou tout du moins nous n’en sommes qu’aux prémices

«Récemment, nous avons appris que nos gouvernements travaillent ensemble pour créer un système de surveillance mondiale. George Orwell nous avait prévenus du danger de ce genre d’informations. Les types de collecte utilisés dans le livre, comme les microphones, les caméras, les télés qui nous regardent, ne sont rien comparé à ce que nous avons aujourd’hui. Nous avons des capteurs dans nos poches qui permettent de nous suivre partout.»

Certains aspects du livre de l’auteur britannique sont effectivement présents dans notre société. Cependant, nous ne vivons pas (encore) dans le système totalitaire de l’Oceania. La salle 101, où les opposants au régime vivent leurs pires peurs, est encore un cauchemar qui n’est pas devenu réalité. Et comme le résumait Michael Moynihan sur Newsweek après les révélations Snowden:

«Nous nous sommes engagés dans un gros débat. Les journaux publient bravement encore plus de documents top secrets dérobés à la NSA. Ce qui peut seulement vouloir dire que, malgré nos imperfections, nous ne vivons pas dans 1984

 Huxley plus visionnaire

En fait, notre société est plus proche de celle qu’Aldous Huxley avait imaginé dans Le Meilleur des mondes. Dans cette contre-utopie publiée en 1932, il dépeignait, écrivions-nous en 2011, «les contours d’une dictature parfaite. Des individus conditionnés auraient l’illusion d’être libres et épanouis, mais seraient en réalité placés dans un système de soumission via une consommation et une distraction excessives»Dans le Guardian, John Naughton démontrait, en 2013, pourquoi Huxley était «le vrai visionnaire»:

«Nous avons oublié l’intuition d’Huxley. Nous n’avons pas réussi à nous rendre compte que notre emballement pour les jouets élégants produits par les Apple et Samsung  –combiné à notre appétit apparemment insatiable pour Facebook, Google et d’autres entreprises qui fournissent des services « gratuits » en échange de détails intimes de notre vie quotidienne– pourrait bel et bien se révéler comme étant un narcotique aussi puissant que le soma l’était pour les habitants du Meilleur des mondes. […] Ayons une pensée pour l’écrivain qui a perçu l’avenir dans lequel nous apprenons à aimer nos servitudes numériques.»

L’essayiste Neil Postman remarquait déjà, dès 1984, que c’était peut-être Huxley, et non Orwell, qui avait le mieux réussi à anticiper le futur. Dans la préface de Se distraire jusqu’à en mourir, il tenait à faire la différence entre les deux auteurs:

«Orwell prévient que nous serons bientôt submergés par une oppression imposée. Mais chez Huxley, il n’y pas besoin de Big Brother pour priver les gens de leur autonomie, de leur maturité et de l’histoire. De la façon dont il le voyait, les gens finiront par aimer d’eux-mêmes leur oppression et adorer les technologies qui annihilent leurs capacités à penser.»

Il est bon de rappeler que Neil Postman «n’aime ni la télévision, ni Bill Gates, ni les ordinateurs, ni Internet, ni la publicité»comme le soulignait le sociologue Julien Damon, en 2001. La suite de son raisonnement était habilement résumée dans cette BD réalisée par Recombinant Records.

On retrouvait le même message dans cette infographie réalisée en 2010 par Column Five. Là où Orwell imaginait la censure, Huxley voyait lui des individus inondés de flux et victimes d’un désintérêt général pour l’information.

Mais celui qui a le mieux réussi à résumer pourquoi Huxley avait bien anticipé le futur dans lequel nous pourrions vivre –sans pour autant le décrire parfaitement: le livre reste une fiction qui n’est pas (encore) devenue réalité–, c’est Huxley lui-même. Dans une lettre (traduite ici) envoyée après la publication de 1984, l’auteur du Meilleur des mondes expliquait son point de vue à George Orwell, qui avait été brièvement son élève à Eton:

«La philosophie de la minorité dirigeante de 1984 est un sadisme qui a été mené au-delà de sa conclusion logique en dépassant la notion de sexualité et en la niant. Quant à savoir si cette politique de « la botte piétinant le visage de l’homme » pourrait fonctionner indéfiniment dans la réalité, cela semble peu probable. De mon point de vue, l’oligarchie régnante trouvera des moyens moins difficiles et moins coûteux de gouverner et satisfaire sa soif de pouvoir, et ces moyens ressembleront à ceux décrits dans Le Meilleur des Mondes.»

«Récemment, nous avons appris que nos gouvernements travaillent ensemble pour créer un système de surveillance mondiale. George Orwell nous avait prévenus du danger de ce genre d’informations. Les types de collecte utilisés dans le livre, comme les microphones, les caméras, les télés qui nous regardent, ne sont rien comparé à ce que nous avons aujourd’hui. Nous avons des capteurs dans nos poches qui permettent de nous suivre partout.»

Certains aspects du livre de l’auteur britannique sont effectivement présents dans notre société. Cependant, nous ne vivons pas (encore) dans le système totalitaire de l’Oceania. La salle 101, où les opposants au régime vivent leurs pires peurs, est encore un cauchemar qui n’est pas devenu réalité. Et comme le résumait Michael Moynihan sur Newsweek après les révélations Snowden:

«Nous nous sommes engagés dans un gros débat. Les journaux publient bravement encore plus de documents top secrets dérobés à la NSA. Ce qui peut seulement vouloir dire que, malgré nos imperfections, nous ne vivons pas dans 1984

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